Mouvement social de 2009: vu par la presse
ILS ont déjà fait quatre jours de grève en février pour exiger d'Adeline Hazan un plus gros effort pour leurs régimes indemnitaires. Après une suspension de leur mouvement, hier, à
l'appel des syndicats CGT et Sud plusieurs centaines de salariés de la Ville, de Reims Métropole, de la Caisse des écoles et du CCAS ont, à la majorité, décidé du principe d'une nouvelle
journée de grève. Un peu à la surprise des responsables syndicaux qui n'en espéraient d'ailleurs pas tant au départ. Cette journée aura-t-elle lieu le 13 mars, jour où le protocole
d'accord déjà signé entre la maire et les syndicats CFDT et FO sera soumis à l'examen du comité technique paritaire ou le 19 mars, jour de la grève nationale à laquelle la maire « qui ne
défend pas le pouvoir d'achat de ses personnels » n'est pas la bienvenue ? La décision n'est pas prise, mais hier, Vincent Varlet et Éric Habet pour la CGT, tout comme Yannick Toupenot et
Patrick Payeb pour Sud, ont pu mesurer combien la colère des salariés était grande et qu'ils n'étaient pas encore prêts à capituler malgré le non-paiement des jours de grève. « Il ne faut
pas croire qu'en suspendant la grève le jeudi 12 février, on a baissé notre froc. Si Mme Hazan pensait s'en tirer à si bon compte, elle se trompe. »
100 euros par salarié
Après avoir apporté leur soutien aux salariés des Antilles, accusé Sarkozy qui « préfère donner aux patrons qu'aux fonctionnaires », les élus CGT ont estimé qu'elle « ne manquait pas de
culot ».
Après avoir rappelé les propositions de la maire jusqu'en 2013, ils maintiennent : « Le compte n'y est pas, il est largement insuffisant pour les échelles 3 qui ne toucheront que 12,48€
bruts en plus alors qu'ils ne gagnent que 1.000 à 1.100€. Il y a longtemps que Mme Hazan n'a pas acheté une baguette de pain. C'est moins que les mensualités qu'on demande aux locataires
pour payer la taxe sur l'enlèvement des ordures ménagères. Pourquoi l'échelle 6 est aussi haute (+ 60€). Il y a dans ce nouveau régime indemnitaire un pyramidage écœurant. Finalement tout
le monde est tombé d'accord pour revendiquer 100€ de plus par agent municipal. »
Pétition et comité d'action
« Notre combat est légitime, on ne vole rien et notre demande n'est pas violente », a expliqué Zora. « La maire nous pompe plus que le gouvernement », a dit un autre. « Elle a un bureau
qui coûte plus de 55.000€ et elle n'a pas voulu de robinets d'un montant de 1.500€ dans son cabinet de toilette, ils se sont augmentés de 36 %, et il y a eu d'importantes dépenses pour
les frais de mission. »
Chacun s'étant un peu défoulé, Vincent Varlet a fait une proposition acceptée à l'unanimité : un comité d'action composé de syndiqués et de non syndiqués va mobiliser en mairie pour faire
signer une pétition pour dénoncer le protocole d'accord proposé par la maire. « Il faudra qu'il recueille près de 1.200 signatures pour bien montrer qu'une majorité du personnel le
refuse. Nous remettrons cette pétition à la maire le 30 mars lors du prochain conseil municipal avec une petite surprise. Il fera remonter l'info pour dire comment le personnel vit (mal)
la réorganisation des services. Nous distribuerons aussi des tracts en ville, sur les marchés mais aussi dans le cortège du 19 mars pour expliquer aux Rémois comment la maire traite ses
salariés. Nous écrirons à Martine Aubry, l'amie de la maire qui, elle, réclame 500€ par salarié. Ici on est loin du compte. Nous ne sommes pas les vilains petits canards qui vont faire
augmenter les impôts. Bref, nous forcerons la maire à rouvrir les négociations car sinon jusqu'en 2013, on gagnera que dalle. Elle peut toujours faire voter ces augmentations lors du
prochain budget supplémentaire. »
Une réserve de Sud
Il avait gardé le silence durant les deux heures de la réunion mais a jeté un petit froid au moment du départ des salariés. Patrick Payeb, de Sud, a dit que son syndicat participerait à
la grève mais uniquement « si ce mouvement n'était pas trop politisé. » Invité à s'expliquer en public, le syndicaliste n'a rien dit. Off, il nous a précisé qu'il n'était pas question,
comme on avait pu trop l'entendre lors des jours de grève, qu'il y ait des attaques personnelles contre les politiques. « Nous défendons avant tout des droits sociaux. »
Alain Moyat
Publié le vendredi 13 février 2009 à 01H00
Vincent Potier, directeur général des services, et la maire Adeline Hazan.
Elle a essuyé son premier baptême du feu. Hier soir, la maire Adeline Hazan a bien voulu répondre à nos questions après l'annonce par la CGT et Sud de la « suspension » de la grève qui
durait depuis le 11 février.
l'union.- Quels sont les termes de votre accord ?
Adeline Hazan.- La CFDT et FO ont signé un accord et il y a eu des avancées avec la CGT et Sud. Un groupe de travail va être mis en place pour réduire la précarité de certains emplois.
Si les salariés le décident en mars, le régime indemnitaire des agents de catégorie C va être amélioré en 2009 avec une enveloppe de 850.000 € pour tous les agents y compris comme je le
dis depuis deux jours ceux du CCAS et de la Caisse des écoles. Une somme de 150.000 € de garantie prévoyance assurera aussi le maintien des salaires en cas d'un arrêt de travail de plus
de trois mois. Globalement, le régime indemnitaire aura été valorisé de 1,3 M€ par an d'ici 2013 soit 6,75 M€ et la garantie prévoyance sera progressivement augmenté chaque année pour
arriver à 300.000 € d'ici 2013.
Quel est au final le prix à payer pour la suspension de cette grève ?
Pour 2009, ce sont 250.000 € à trouver par rapport à ce que l'on avait prévu.
Les jours de grève seront-ils payés ?
Non. Par contre, nous avons accepté d'étaler les retenues sur plusieurs mois ou de les remplacer par des jours de vacances qui ne seront pas pris.
Vous attendiez-vous à cette grève ?
Oui, nous payons le fait que la municipalité précédente n'ait pas revalorisé depuis longtemps le régime de la catégorie C. On savait que la situation était tendue et qu'il y aurait une
crise. De plus, cela s'est télescopé avec la réorganisation des services. Si tous les syndicats ont voté l'organigramme, dès qu'il s'est agi de mettre des noms, il y a eu de légitimes
inquiétudes. On nous a par exemple reproché de vouloir éloigner le service des relations humaines dans l'ancien bâtiment de la Pum place Max-Rousseau. Finalement, ce seront 120
personnes des services techniques qui y iront. Nous avons décidé de missionner (NDLR : pour 20.000 €) un cabinet pour constituer un « groupe écho » afin d'écouter les préoccupations des
350 agents qui vont passer de la Ville à Reims Métropole, et d'y apporter des réponses.
Les syndicats n'ont pas accepté que vous parliez de violence en évoquant leur mouvement…
Il y a eu méprise sur le mot. Je ne parlais pas de violence physique, mais de forte tension. Quand on perturbe des réunions, qu'on interdit à des gens de sortir de leur bureau, c'est
tout de même de l'agressivité.
Les salariés ont l'impression d'être méprisés par les gens de votre cabinet…
Je pense qu'il s'agit d'une caricature. Nous avons constitué un cabinet avec un directeur général et qui ne fait que de l'action locale. Les gens n'y sont pas habitués et c'est vrai, il
y a un directeur à la mairie. Cela ne nous empêche pas d'avoir pratiqué largement la concertation avec une multitude de réunions pour préparer la réorganisation des services.
On a vu vos collègues et alliés du PCF soutenir les grévistes. Votre sentiment ?
Je n'ai pas été contente du tout et je leur ai fait savoir. Ils m'ont dit qu'ils étaient là pour écouter. Je pense que dans une manif, on ne peut pas dissocier ceux qui écoutent et ceux
qui adhèrent.
Alain Moyat